Notre village/HISTOIRE ET PATRIMOINE/L'histoire de Moussy Le Neuf/Au fil de l'histoire

Au fil de l'histoire

ACTES 1 à 7

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TOM 2 : Actes 4 à 7

ACTE 8

La dénomination la plus ancienne de l’Hospice de MOUSSY-le-Neuf est celle de "MAISON-DIEU"à propos de laquelle l’Abbé LEBEUF écrit :

"… Le registre des visites des Maisons-Dieu et Léproseries du Diocèse de Paris en 1351, fait mention DE CES DEUX HOPITAUX QUI EXISTAIENT ALORS A MOUCY ; il marque que la maison-Dieu étoit fort remplie, et quant à la léproserie, il dit qu’une partie des biens étoit tenue par Philippe de Moucy, armiger…".
            Si l’on rapproche cette dernière partie de phrase du fait connu que la léproserie de Moussy-le-Neuf aurait été fondée, en 1351, par Jean de Moucy et Philippe II d’Aunay, on peut présumer que la mention rapportée par LEBEUF aurait été rédigée peu après la création de cette léproserie.
            A propos de SAINT-LADRE, Mademoiselle REVILLION écrit que "…cette maladrerie était située sur les dépendances de Moussy-le-Neuf, et elle paraît être le siège de l’ancienne maladrerie de Moussy. En effet, une maladrerie appartenant à Moussy-le-Neuf est signalée en plusieurs écrits sans qu’aucun lieu sur son territoire ne la rappelle.." Cette version est abusive. Il est inexact de dire  que la léproserie de Moussy ne peut-être localisée, au moins approximativement.

En effet :
            1° ) L’aveu et dénombrement par Pierre de SERMOISES du 28 août 1367, indique, entre autres : "… Item à la maladrerie de Moussy, tenant à la Pointe de l’Orme…" et encore " Item, derrière la maladrerie, tenant au Chemin du Mesnil…"
            2° ) Celui de Guillaume le Bouteiller, du 12 juin 1398 dit : "… à la maladrerie de Moucy, tenant au Chemin du Mesnil"..
Ces désignations font penser à la zone de la "Grange aux Moines".
Elle prouvent, en tout cas, que la léproserie de Moussy-le-Neuf n’avait rien de commun avec SAINT LADRE.
Quant à la "Maison-Dieu" elle-même, nous avons seulement la certitude qu’elle existait avant 1351, et qu’elle fonctionnait à plein. Depuis longtemps elle disposait de revenus substanciels.

Du 22 décembre 1555 est datée une "Déclaration du revenu temporel appartenant à l’hostel-Dieux de Moussy le Neuf, faite en la chambre des comptes du Roy". La bail à Philippe CAMUS de Moussy rapporte en mai 1629, 250 livres. Ce revenu passe, en juin 1966 à 505 livres selon le bail à Nicolas DA. Mais en réalité, le patrimoine total se composait de :

1)      Une maison et dépendances et deux petits jardins potagers fermés de mur. Ces immeubles se situaient près de l’église, devant le presbytère, en bordure de la rue.
 
2)      38 arpents sur Moussy le Vieux (le bail ci-dessous)
 
3)      Deux arpents sur Moussy le Vieux
 
4)      Le droit de « Dixme » sur 150 arpents environ.
 
5)      125 perches de terre à VINEUIL (commune de Saint Mesnes)
 
6)      Trois arpents environ de terre et vigne à GONESSE et au THILLAY
 
7)      Une rente de vingt livres sur la terre de Moussy le Neuf 
 
8)      Une rente de deux cent cinquante livres sur l’Hostel de Ville de paris.     

Cet ensemble de revenus existait au moment de la révolution.
 
      Mais, comme pour toute vie locale, aucun écrit n’a encore été retrouvé permettant de se faire une idée de la vie quotidienne de l’établissement. Les dossiers existeraient-ils encore dans un grenier ? Ceux de l’hospice de Mitry viennent d’être retrouvés, tous les espoirs sont donc permis… Mais connaître des fortunes diverses, et le dévouement de ses animateurs a dû souvent palier le manque de moyens.

Au début du 18 siècle, un « souffle nouveau » lui fut apporté par les dons des Seigneurs et l’arrivée des « bonnes-sœurs ». Plutôt que de paraphraser, il sera plus évocateur de citer en partie le testament rédigé le 6 janvier 1698 par « Haute et puissance Dame Gabrielle Eléonore de Montault de Bénac de navailles, veuve de Henri II d’Orléans, Marquis de Rothelin » … la dite dame testatrice voulant secourir les pauvres des paroisses de Moucy le Neuf et Moucy le Viel dans leur maladie et vieillesses et leur procurer tous les soulagements possibles, elle entent qu’après son décès il soit fait une fondation de deux Sœurs grises qui feront leur résidence actuelle dans l’Hôtel Dieu de Moucy le Neuf, pour laquelle fondation elle donne et lègue 300 livres de rente à prendre dans les rentes qui luy appartiennent sur la ville, à charge toutes fois que la didte fondation soit faite aux conditions suivantes ; la première que les dites sœurs grises secoueront ceux qui seront dans leur maison, et les secoueront en tout ce qu’elles pourront, la troisième que l’une d’elles tiendra l’école soir et matin et instruira gratuitement les filles lesdits Moucy… ». L’Hôtel-Dieu était alors géré par Mademoiselle LE CLASTRE. La testatrice désirait qu’elle continue à demeurer à l’Hôtel-Dieu, qu’elle continue sa vie durant à donner ses soins aux malades et qu’elle jouisse de cent livres de rentes données par le marquis de ROTHELIN. Le 27 juillet 1700, les Filles de la Charité acceptent le testament à condition que la demoiselle LE CLASTRE ne reste pas à l’Hospice. Des sommations verbales sont faites à la Communauté. Elle répond que les Sœurs « … sont prestes et offrent d’accepter et de passer le contact d’établissement de deux desdites Fille de la charité pour secourir les pauvres malades desdites paroisses de Moucy-le-Neuf et Moucy le Viel moyennant les 300 livres de rente portées dans le testament ». Elles demandent, en plus, 1000 à 1200 livres à la succession de la Marquise, pour fournir des meubles pour le logement des deux sœurs…
Cela s’appelle avoir le sens des affaires…

ACTE 9

Au hasard des découvertes faites dans les archives, nous avons tenté de reconstituer l’ambiance à Moussy avant 1789 et nous avons pu, en dernier lieu, rechercher l’importance de l’Hospice dans la vie locale.
 
Le contexte urbaniste est un élément majeur du mode de vie, et l’on conçoit que l’évolution de celui-ci soit fonction des changements importants  intervenus dans le tracé de l’agglomération. A cet égard, l’implantation    de MOUSSY-LE-NEUF est sans doute fort ancienne : le chemin de Dammartin à Vémars qui limite l’agglomération à l’ouest est un tronçon du chemin antique de MEAUX à BEAUMONT-SUR-OISE, par Luzarches, à proximité duquel s’est construit MOUSSY, jusqu’à la rivière de Biberonne. Pavée bien avant la révolution, la route de Moussy-le Vieux n’est pourtant pas d’origine antique, puisqu’elle coupe le parcellaire. Il en est de même pour la route de Vémars dont le pavage est encore plus récent, mais qui existait bien avant la route d’Othis. (Le chemin antique menant à Beaumont empruntait l’Avenue de Survilliers).
 
Le Centre de Moussy est l’ilôt où se trouve la Mairie. Dénommé avant 1789 « Le petit Château » il est limité à l’est par la rue de l’église qui prend son origine au carrefour de la Croix, passe devant l’hospice et donne naissance, près de l’église, à la rue du cimetière allant à la Ferme des Clos, desservant le jeu d’Arc qui s’étendait le long de la rivière, jusqu’à la rue du Chêne. Celle-ci qui longe le château (le grand…) limite au sud l’ilôt central, jusqu’à la rue de la Croix au Puits Guy. Cette rue, reliée au chemin de Vémars à Dammartin par les trois ruelles qui existent encore, limitait avec elle trois ilôts : Fief du puits Guy, Grange aux Moines , Fief Poignan et Anjoran (actuellement Clos des Crosniers).L’abbaye de Sainte-Opportune et sa chapelle, séparées du « Petit Château » par un carrefour de plus de 35 mètres de largeur, étendent leurs possessions jusqu’à la rue Gilbert qui relie le puits Guy au puits Louvet. En cet endroit, elle donne naissance, à droite à la rue Madoc menant à Moussy-le-Vieux, et à gauche à la rue Basse que prolonge le chemin Saint-Ladre.
 
Du carrefour de la Croix partent la rue aux Lorrains ou Rue aux Fouards qui se termine en impasse au bout du village avant la rivière, et la rue de l’Ormet qui rejoint en tournant le calvaire du chemin de Vémars. Cette dernière donne naissance, près du petit puits, à la rue Piscot menant à Patras et à l’Érable, puis à la rue Mansion dont le carrefour avec la rue du Vivier est occupé par le puits Mansion. Enfin la rue de Lampesart, longeant le fief de Biset, rejoint la Cavée de l’Érable près d’un autre calvaire. Ainsi, de puits en puits, de calvaire en calvaire, l’ossature urbaine de Moussy-le-Neuf s’est maintenue depuis des temps fort anciens, même si Jeanne d’Arc, Cléret, Pasteur et Cambacérès ont supplanté des appellations plus « couleur-locale ».
 
On conçoit aisément que l’activité de la communauté d’habitants gravite autour de l’Hospice, de l’Abbaye et des trois grosses fermes. Ce que l’on sait moins, c’est que, au hasard des petites rues le promeneur découvrait de nombreuses petites exploitations agricoles aujourd’hui disparues : Ferme de Nicolas BUCHET, Louis BUCHET, du puits Guy, de Margotteau, de l’étang, de l’ORMET, de Charles LAUVAND, du VER-BUISSON…
 
Pour parfaire notre tableau, imaginons le moulin à vent dominant la plaine entre les deux Moussy : La sente du Moulin coupait la pièce des Echabots, et la toponymie de certain vieux document garde le souvenir touchant du Moussignol reposant sa monture chargée de blé au pied de la butte, avant l’effort final, au lieu-dit «La vallée pisse-anesse ». Ce genre d’image n’apparaît qu’en fermant les yeux…N’oublions pas pour autant les préoccupations essentielles de notre ancêtre après la nourriture : L’abri et le chauffage. Partant de PATRAS le chemin de Plailly se divisait à la Croix Jean-Soult, desservant à droite la petite tuilerie et à gauche la grande tuilerie dont on retrouve les traces, près du chemin menant aux Grands Bois. Sans revenir sur le rôle vital du bois dans la vie des anciens, gageons que ce chemin devait être très fréquenté…
 
Mais pour qui s’est promené, bottes aux pieds, à travers le territoire de la commune, la description qui précède prend un sens précis. Comment, en effet, ne pas admirer le coté « fonctionnel » de cette distribution urbaine ? A l’ouest, une voie d’intérêt régional qui dessert une plaine fertile au milieu de laquelle est implanté le moulin. A l’est, une zone plus bocageuse couvrant des sols plus hétérogènes où alternent des ronds d’argile presque pure et des affleurements de sables bartoniens, dans laquelle on a installé des tuileries et creusé des sablonnières. Au-delà dans les terres les plus ingrates, un beau massif boisé. Entre ces deux régions si différentes, une bourgade solidement organisée autour de son château.
 
Cette sommaire étude d’urbanisme apportera à chacun l’évocation qu’il préfère : Silhouette ancestrale d’une agglomération  bien distribuée ou dénominations pittoresques reflétant une atmosphère passée, et par-dessus tout cela, un ensemble intelligemment structuré en fonction de la nature et des besoins.
 
Puissent ces quelques lignes faire comprendre au lecteur que l’on ne peut discuter rapidement et à la légère du « devenir » de Moussy. Sur des bases aussi solides, que des millénaires ont progressivement mises en place, introduire les paramètres de l’évolution de la vie, du modernisme, de l’extension éventuelle, sans perdre de vue le bien-être du futur Moussignol, nécessite beaucoup de soins et d’intelligence.

ACTE 10

Revenons au temps passé; puisque nous parlions de modifications du genre de vie, voire de bouleversements, l’événement majeur est évidemment la Révolution de 1789 : Abolition des privilèges, proclamation de la République, déclaration des droits de l’homme, confiscation des biens des "nantis"… Autant de points qui, incontestablement acquis, survivront avec plus ou moins de bonheur aux réactions consécutives du Consulat, de l’Empire et de la Restauration.
 
Localement, il ne faut pas perdre de vue que l’impact de l’événement est lié à la rapidité et à la fidélité des moyens d’information.
Cela laisse présumer un certain décalage. En outre, l’interprétation des grandes idées nouvelles lorsqu’elles atteignent "l’homme de la rue", se fait en fonction de la "chose locale". Malheureusement, les documents précis manquent, qui permettraient de retrouver le détail de cette ambiance de la "Révolution aux champs".
 
            Idéaliste à la petite semaine, le Moussignol moyen pense en priorité aux besoins quotidiens : se chauffer ne doit pas poser de problème majeur. Nourrir sa famille eût été assez aisé, si la proximité de Paris n’avait pas entraîné des réquisitions massives. On stocke "blé, orge, méteil, sarrazin" pour les acheminer vers la capitale, et la récolte obsède l’administration. En Prairial An III, elle ordonne de rebattre les pailles pendant que la récolte achève de mûrir. Les moissonneurs, conscients de l’importance de leur rôle, en profitent pour cesser le travail, revendiquant l’amélioration de leur nourriture dans la ferme. Le "marché noir" apparaît, avec les abattages clandestins d’animaux.
 
            Périodiquement rappelés à l’ordre par les révolutionnaires du district de Meaux, nos édiles exécutent tant bien que mal les directives. Le salpétrier organise le lessivage récupérateur. On inventorie le mobilier de la « ci-devant église » et on en organise la vente. Que de temps passé à délivrer des certificats de civisme aux citoyens inquiets… Incontestablement il faut un certain cran pour tenter d’inculquer à une population inconsciente les nouveaux principes, dont on entend dire qu’ils font couler beaucoup de sang en ville. La tâche de l’assemblée municipale est, dans une certaine mesure facilitée par les mots d’ordre venus de Meaux.
 
Le contraste est frappant entre les préoccupations quotidiennes si terre à terre, et le serment des édiles nouvellement nommés en l’An II de « maintenir de tous leurs pouvoirs la Liberté, l’Égalité et l’indivisibilité de la République, ou de mourir en les défendant, de remplir avec zèle les fonctions civiles et politiques qui leur sont confiées ». En fait, l’esprit civique et le sens de l’intérêt général s’éduquent peu à peu. « Je reconnais que l’universalité des citoyens français est souveraine, et je promets soumission aux lois de la République », jurera en l’An IV le Président de la nouvelle assemblée communale. L’appel à l’héroïsme fait place à un encadrement législatif de plus en plus structuré.

De petites questions intéressant l’ensemble de la population se posent, qui nécessitent délibérations et décisions : fixer le salaire des tâcherons, organiser la vente de fruits récoltés sur les avenues… Dès l’An III, une contestation territoriale pour un canton situé entre Moussy et Vémars sera étudiée par une commission spéciale que dirigeront Lavollé, notaire, et Richard, arpenteur, venus de Dammartin, et une « ligne de démarcation sera tirée ». Petit à petit, on apprécie à leur juste importance les problèmes locaux. L’enthousiasme préfabriqué du « grand chambardement » fait place à une prise de conscience froide et déterminée. Le citoyen s’est installé dans la société nouvelle, les valeurs humaines sont en partie réhabilitées et chacun s’exprime plus volontiers : « Arbres de la Liberté » pourquoi pas ? « Temple de la Raison »…à la rigueur…Mais dans l’ensemble la population est traditionaliste, et l’on n’entre point dans ce qui fut l’église sans se signer discrètement…Les nouveaux gardes nationaux ne se sentent plus tellement « soldats de la Révolution ». Il est vrai que le petit caporal commence à faire parler de lui. Cette période de tranquillité relative qui se ressent localement est bien traduite par le nouveau serment de Prairial An VIII : « Je promets fidélité à la constitution ». Une telle sobriété ne serait-elle qu’un calme trompeur avant la prochaine tempête ? En ville on chante et on danse. En campagne, on travaille au rythme régulier des saisons. Le prêtre officie à nouveau après serment prêté, et c’est la commune qui le paie.
 
            « Buonaparte » se fait empereur. Après l’euphorie et l’anarchie relative du Consulat, pourquoi ne pas se laisser mener par une « poigne » qu’on espère salutaire ? En l’An XIV, « second de l’empire français » le premier acte de délibération municipale est reporté sur le registre timbré, conformément aux nouvelles lois. N’est-elle pas rassurante, cette ébauche de codification, signe d’une stabilité dont tout le monde a besoin ? En fait d’ébauche, ce fameux « code Napoléon » sera tellement monumental que, presque sans modification, il restera jusqu’à nos jours la base des relations légales entre français. Il aura suffi, au moment opportun, de l’intituler « Code Civil ». Le calendrier révolutionnaire aux mois si poétique fait place aux dates classiques. Et finalement, notre Moussignol trouve aussi cela rassurant, parce que plus conforme au cycle de la nature : le blé qui pousse, le coq qui chante, ont-ils jamais besoin de « jours complémentaires » pour assurer la nourriture quotidienne ?
 
            Mais, sans que chacun y prenne garde, un nouveau serment résonne dans la maison commune :
 
            « Je jure et promets obéissance et fidélité aux constitutions de l’Empire français, et à sa majesté l’Empereur des français et Roi d’Italie »
 
            Tout y est « OBEISSANCE, SA MAJESTE… Évidemment, il se dit Empereur DES FRANÇAIS pour se rapprocher de son peuple, mais on ne s’y trompe pas, puisque, en Italie, il se dit ROI…
 
C’était pas la peine, assurément de changer de gouvernement.
 
Mieux que BARRAS, en somme …

ACTE 11

Obéissance, fidélité…semblant de liberté. Ce régime du « réflexe conditionné » caractérise la nouvelle organisation municipale : nos édiles discutent, proposent des solutions à leurs problèmes de trésorerie ou de gestion, mais l’administration veille et surveille. Peu de décisions en sortent et la plupart des questions restent indéfiniment en suspens. Les secrétaires de mairie conjuguent de plus en plus leurs verbes au conditionnel…
 
            Les Cent-Jours : il faut le décret du 13 mars 1815, pour que le drapeau tricolore soit hissé sur le clocher. Quelques jours plus tard, l’Empereur retrouve Paris. Mais le 18 juin sera vite arrivé : Waterloo…
 
            La plaine de France est morne, elle aussi. Les gens ont faim, les esprits s’échauffent. Bagarres, attaques, vols,effractions se succèdent, et l’on hésite à sortir quand vient la nuit. Un sentiment d’insécurité vicie l’air, tandis que nos pseudo alliés Prussiens et Anglais s’installent. A nouvelle époque, nouveau serment, mais les responsables locaux, conscients du rôle difficile qu’ils doivent jouer, s’engagent à contre cœur :
« Voulant nous conformer aux lois des hautes puissances, nous nous obligeons par foi d’honnête homme de ne vouloir entreprendre contre les armées des hautes puissances alliées ». En juin et juillet 1815, ces chers alliés réquisitionnent tout : farine, pain, sel, vin, bière, viande, vaches, moutons, avoine, foin.
 
            Pendant ce temps, le nouveau monarque se manifeste : Aussi « confiant que ses alliés en la fidélité de son peuple, il suggère un nouveau serment, en 1816 :
« Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roy, de n’avoir aucune intelligence, de n’assister à aucun conseil, de n’entretenir aucune ligue qui seraient contraires à son autorité, ET SI, DANS LE RESSORT DE MES FONCTIONS OU AILLEURS J’APPRENDS QU’IL SE TRAME QUELQUE CHOSE A SON PREJUDICE, JE LE FERAI CONNAÎTRE AUX AUTORITES SUPERIEURES »      
 
            La délation posée en principe, quelle déchéance…et comme nous sommes loin de la tendance naturelle du Moussignol…
           
            Le contraste est frappant entre continuité de la vie rurale et les fluctuations de l’organisation centrale : Même si les édiles sont toujours en place, on requiert un nouveau serment. En août 1820, c’est plus sommaire : « Je jure fidélité au roi, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du Royaume » Cependant, à pas feutrés, la région progresse, les communications s’améliorent, la « poste aux lettres » s’organise. Depuis le loi du 15 mai 1818, le Conseil Municipal est assisté des dix plus forts contribuables de la commune : fiscalité oblige. Au printemps de 1824 a lieu la première évaluation des revenus fonciers. Les documents cadastraux sont progressivement mis en place, mais c’est seulement en 1839 que MOUSSY LE NEUF aura son nouveau cadastre, remplaçant le plan terrier. Les finances locales sont toujours squelettiques et l’administration municipale difficile, sous la tutelle d’une autorité supérieure rétrograde et paralysante.
 
            Avec 1830 revient l’odeur suffocante de la poudre dans les grands centres. Sans heurts, Moussy installe sa nouvelle garde nationale. On recense la population. En septembre, se conformant à la loi du 31 août, le conseil prête de nouveau serment : « Je jure fidélité au Roi des français obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du Royaume » ROIS DES FRANÇAIS : la nuance fut-elle bien sentie ? Le Maire assemble les habitants et leur donne lecture de cette charte. Cette mise en scène démocratique cache la mise en place de nouvelles structures (loi du 21 mars 1831). Les électeurs censitaires, soit 10% environ de la population, élisent les membres du nouveau Conseil, DONT LE MAIRE ET L’ADJOINT SONT NOMMES PAR ARRETE PREFECTORAL.
 
            Mais la situation matérielle ne s’améliore guère, et l’on commence à parler d’aide sociale, par l’organisation projetée des « bureaux de bienfaisance ». Le principe en est posé, mais les ressources restent problématiques dans toutes les communes de la région. Moussy forme exception car, récupérant les biens de l’hospice, le bureau de bienfaisance perçoit de substantiels fermages. En 1832, la terrible épidémie de Choléra morbus provoque une véritable hécatombe, surtout parmi les personnes âgées et les enfants, particulièrement vulnérables après une période de sous alimentation.
 
            L’École publique s’organise lentement. Le Conseil s’efforce de trouver les moyens, officiels ou détournés, de fournir au « Maître d’école » un traitement de base que viennent compléter les apports individuels soit en argent, soit en nature. Le recensement des familles indigentes permet d’assurer à leurs enfants la gratuité de l’école. La fréquentation scolaire est faible, surtout pendant la belle saison ; car on a besoin des enfants pour sarcler ou faner. L’enseignement est rudimentaire : un enfant sur deux seulement apprend à la fois à lire et à écrire…Malgré sa bonne volonté, le Maître d’école ne peut suffire aux multiples tâches qui lui sont assignées : il assure le secrétariat de la mairie, et sert d’écrivain public. Il sonne pour annoncer les offices, il chante à messe et à vêpres.
 
            Depuis Waterloo notre région a vécu une des périodes les plus pénibles de son histoire. Régime et serments se sont succédés. Et l’on peut se demander si, invité de nouveau à s’engager sur l’honneur en 1852 conformément à l’article 14 de la nouvelle constitution, le Maire de MOUSSY était vraiment conscient qu’un changement s’opérait lorsqu’on lui faisait dire :
« je jure obéissance à la constitution et fidélité au Président »
 
« Président, c’est nouveau, bien sûr, mais obéissance et fidélité, ça rappelle tout de même quelque chose »
 
            Il avait bien le droit d’être sceptique…

ACTE 12

Époque révolutionnaire, Consulat, Premier Empire, Restauration, pendant toute cette période, nous avons perdu de vue la propriété foncière à laquelle nos dernières allusions furent l’état des revenus de la Seigneurie en 1730 et l’étude des biens de l’Hospice.
Acte
            Après la destruction du régime féodal dans la nuit du 4 août, les révolutionnaires ont voulu définir les BIENS NATIONAUX, selon leurs origines : à la demande de TALLEYRAND, les biens du Clergé furent « mis à la disposition de la Nation » le 2 novembre 1789. Le patrimoine des émigrés fut vendu à partir de juillet 1792. Les biens communaux furent répartis entre les habitants ou laissés en jouissance comme aux termes de la loi du 10 juin 1793. Enfin les décrets des 26 février et 3 mars 1794 stipulèrent que les biens des suspects seraient répartis entre les indigents. Si les deux dernières catégories de biens nationaux paraissent ne pas avoir existé à MOUSSY LE NEUF, par contre, les deux premières constituaient la majeure partie du terroir communal.
 
            Comme établissement de bienfaisance, l’hospice eut le droit de conserver la quarantaine d’arpents de son patrimoine. Les biens de la Fabrique et ceux de la chapelle Saint-Michel furent confisqués et vendus. D’autres établissements religieux avaient acquis des droits immobiliers sur des parcelles ayant servi de garantie au service de rentes annuelles rétribuant un obit : Cordeliers du Grand Couvent, Notre Dame de Paris, Fabrique de Saint-Eustache, Saint-Jean de Dammartin. Mais, dans la mesure où l’aspect humanitaire de ces établissements pouvait être prouvé, il fallut bien sauvegarder les droits des personnes assistées. C’est ainsi que, pour un verger rue Madoc, une donation-partage rédigée en 1811 dut faire état d’une rente de 11 Frs au capital de 220 Frs due aux hospices de Lyon représentant l’église Saint-Jean de Dammartin… Quant aux biens du prieuré de Sainte-Opportune on les retrouve après la révolution dans les mains de Charles Jean-Baptiste BERNADOTTE qui, par son mariage avec Eugénie Bernardine désirée CLARY, devint le beau-frère de Joseph BONAPARTE. Lorsque sera dressée la première matrice cadastrale, en 1839, on y trouvera un compte intitulé « Bernadotte, la Dame, Reine de Suède ». Ces immeubles passeront ensuite à la famille de CLERMONT-TONNERRE puis au Marquis de BERCY.
 
            Bien moins complexe fut la situation des immeubles saisis aux émigrés. On trouve bien, dans un acte notarié de 1808 (vente par les Consorts martin d’un jardin verger rue aux Fouarres) mention d’un prix ferme, plus « une rente annuelle et perpétuelle de 15 livres due au Gouvernement français, représentant le Prince de Condé », mais en général, les actes de vente dressés par l’assemblée Directoriale du District de MEAUX sont plus simples. Parmi les acquéreurs on voit souvent des banquiers ou des descendants de procureurs fiscaux. Parfois aussi, le titulaire est un « homme de paille » que la famille des « ci-devant » a chargé de « récupérer » les biens confisqués            . Il serait passionnant d’étudier en détail les mutations foncières de cette période, de même que la « stratégie » de certains mariages…
 
            Dès le premier Empire, on allie volontiers les nouveaux possédants aux familles récemment anoblies. C’est ainsi que l’acquéreur de la ferme du Château, Augustin OLLIVIER, donne sa fille Marie-Louise à Joseph COLLETTE DE BAUDICOURT. Elle revendra le domaine le 17 avril 1883 à Augustin CLERET, Vicomte de TOCQUEVILLE.
 
            Quant à la Ferme des Clos (avec une partie de la Ferme de Saint-Ladre à Othis) elle se retrouve propriété de Jean-Jacques REGIS de CAMBACERES, Archichancelier d’Empire, Duc de Parme. Par son testament olographe du 13 janvier 1823, ses héritiers sont Etienne REGIS de CAMBACERES pour un tiers, et, pour les deux autres tiers, le Duc Jean-Pierre Hubert REGIS de CAMBACERES qui, le 1 septembre 1824 constitue une rente de 200 Frs sur l’État à la Fabrique de l’Église de MOUSSY LE NEUF. Sa belle-fille, née Napoléonie DAVOUT D’ECKMUHL donnera le jour à un comte que l’on mariera à la petite-fille de Lucien BONAPARTE, Bathilde, dite Princesse BONAPARTE. Zénaide, leur fille, épousera Raoul Napoléon SUCHET, Duc d’ALBUFERA, et leur fils s’alliera à Anna MASSENA d’ESSLING de RIVOLI, descendante du Maréchal. C’est le Duc d’ALBUFERA qui vendra la ferme à la famille DROPSY.
 
            Cette énumération n’a d’autre intérêt que de justifier la boutade d’un humoriste anonyme qui voulu écrire :
 
            MOUSSY – en – NAPOLEONIE
 
            Pour être plus complet, ajoutons que certaines petites fermes de MOUSSY LE NEUF qu’on trouve en 1785 dans les mains de familles nobles, passeront ultérieurement à leurs fermiers. C’est ainsi que les parcelles attribuées à « Monsieur le Comte »passent à François DURE. Les immeubles Le Roy d’Arigny deviennent Jean-Pierre DURE. Les biens de la Marquise de ROUFFIAC sont à François MARGOTTEAU en 1825. Il semble que la veuve MEUSNIER ait été propriétaire d’une petite partie du domaine seigneurial dès avant la Révolution. En 1825 ces propriétés sont passées à Monsieur PATISSIER et elles seront vendues par adjudication le 23 décembre 1894. Certains vieux habitants de MOUSSY vont ainsi comprendre pourquoi les parcelles situées devant la mairie sont encore maintenant dénommées « le Pâtissier ».

ACTE 13

Au cours de la période que nous venons d’explorer, MOUSSY LE NEUF a progressivement retrouvé une vie paisible, essentiellement rurale.
 
            En certains lieux, le site permet le développement d’activités diverses, d’importance variable. Ce n’est pas le cas à MOUSSY. La forêt n’a jamais justifié ni une sylviculture florissante ni une exploitation du bois dépassant la satisfaction des besoins locaux en matériaux et en chauffage. La rivière naissante n’a pas permis de mouvoir les roues à aubes des moulins, convertissables à terme en industries modestes, tournage ou manufactures diverses, comme ce fût le cas à THIEUX ou à COMPANS où l’on connaissait le « moulin à corozo » ou encore dans la vallée de Crould, avec ses « moulins à guède » ou ses « moulins à draps ». L’absence d’une voie de communication importante a privé MOUSSY d’activités commerciales de transit, de ressources hôtelières ou de relais de poste. L’animation éphémère de la Sainte Opportune obligeait bien le « chirurgien » à se surpasser, et le cabaretier de « La Croix Blanche » au carrefour du Puits Guy à recruter d’accortes serveuses, mais cette activité ne suffisait pas à créer une réelle richesse locale.
 
            Pendant la majeure partie de l’année, MOUSSY subissait calmement le rythme des saisons. Lors des longues veillées hivernales, femmes et filles, trouvant toujours à raconter ou à commenter, se réunissaient, confectionnant de leurs doigts experts la si jolie dentelle du pays : de LUZARCHES à DAMMARTIN, quelques entrepreneurs organisaient le travail et assuraient la commercialisation de produits finis, cherchant par une saine concurrence à maintenir leur image de marque sur la « Place de PARIS ». A cet égard, MAUREGARD était alors un des centres de production les plus renommés. Plus tard, la dentelle dite mécanique ruina ce moyen d’expression et de revenus, de sorte que, pour améliorer l’ordinaire, on occupait ses loisirs à enfiler des perles de verre : Perles d’agrément multicolore elles ornaient chapeau ou corsage ; austères et dignes, elles formaient l’essentiel de la couronne mortuaire. Chaque soir, inlassablement, faisant d’une main pivoter le tourniquet, Madame MARTIN tendait de l’autre main à la trémie pleine de perles le fil de laiton récupérateur…
 
            Mais l’arrivée du printemps et l’allongement de la journée rendaient MOUSSY à sa véritable patronne, la Nature. Il fallait se lever tôt pour « renfourrer » et traire. Dans les moments de « presse », le crépuscule surprenait le charretier distribuant encore les picotins, ou le vacher passant le caillé dans la blanche étamine. Le premier ignorait encore qu’en pleine nuit il devrait aller « désempierger » son cheval devant. Le second pressentait déjà au comportement de la bête, qu’il assisterait bientôt une beuglante parturiente… A cette époque, le vétérinaire, s’il existait, n’intervenait qu’en dernier ressort : la symbiose de l’homme et de l’animal était si intime que, d’instinct, on savait soigner. A MOUSSY comme ailleurs le berger guérissait parfois même les gens et, ambassadeur d’une ancestrale sagesse, il prédisait le temps et bien d’autres choses…
 
            Fumer, labourer, herser, semer, échardonner, sarcler, couper, faner, tansporter, engranger, battre, autant de verbes qui n’existaient qu’à cause de la terre. Jeune d’aujourd’hui, sens-tu bien l’atmosphère d’antan ? Prends la grosse ferme que tu connais. Imagine-la sans tracteur, sans moissonneuses-batteuses, sans aucun véhicule « autotracté ». Remplace cette armada par plusieurs attelés de chevaux de trait. « Ho » « Hue » « Dia » « Huo »… Le chariot aux roues grinçantes fait vibrer le pavé de ses bandages de fer. Qu’il est fier le « premier charretier » de son limonier aux harnais bien briqués… A la ferme le maréchal ferre, cercle, rive à grand bruit. On révise le matériel de la prochaine récolte.
 
            Rends-toi compte, jeunes d’aujourd’hui, que cette grosse exploitation menée maintenant avec cinq hommes en employait une vingtaine, sans compter les saisonniers. Vois ces grands bâtiments de ferme aujourd’hui inoccupées et, par la pensée, alignes-y des chevaux, des bœufs ou des vaches, tandis que s’exhalant du caniveau central, l’odeur ammoniaquée du purin te prend à la gorge. Vois aussi, au beau milieu de la cour carrée cette montagne de fumier toute environnée de buée aux premiers frimas et songe qu’elle était le SEUL engrais…
 
            Mais le tableau n’est pas complet encore : Sainte Opportune, le Château, les Clos, ces trois exploitations cultivent déjà à cette époque la majeure partie du terroir communal. Pourtant les petites fermes se maintiennent, grâce à leur étable : leur organisation autarcique leur donne une valeur psychologique que reflète la fierté de leurs tenanciers, qu’ils soient ou non propriétaires. Alors, jeune d’aujourd’hui, suis-moi encore quelques instants. Parcourant MOUSSY à pas lent repère au passage ces représentants d’un passé à jamais révolu. Venant de MOUSSY LE VIEUX, tu trouves à ta gauche (chez M. STREIT aujourd’hui) la ferme des Échabots que fait valoir Louis BUCHET. Du même côté, au carrefour du Puits Guy (maison de M. RIGAULT) c’est Nicolas BUCHET qui salue ses voisins. Au Puits Guy son ami TRIBOULET et, en face, MARGOTTEAU (bien avant M. Marcel BONNARDEL). La ferme de Mme Raymond BONNARDEL est alors « tenue » par la famille LAUVENT, tandis qu’en face, s’étendant jusque devant l’église dans la majeur partie des immeubles communaux la ferme du Vert-Buisson appartient à la famille DURU-DURE. Poursuivant ton chemin, tu découvres à l’angle de la rue Mansion la ferme de l’Ormet où François DURE t’indique que, par la rue du Vivier, tu trouveras dans la rue Lampezard, la ferme de l’étang qu’exploitent les frères CROSNIER. Leur clos, non loin de là, jouxte le nouveau cimetière.
 
            Alors, jeune d’aujourd’hui, la sens-tu enfin cette odeur de crottin que seuls nous restituent maintenant les cercles hippiques ? Mais encore, peut-on comparer les frêles jambes du cheval de selle avec la musculature puissante de l’ardennais, du boulonnais ou du percheron ? …

ACTE 14

Le cheval de trait était, sans conteste, le vrai animateur de la vie locale à MOUSSY LE NEUF, dont toute l’activité était strictement liée à l’agriculture. La précarité des moyens de communication y est pour beaucoup.
 
            Le réseau des chemins anciens n’a fait l’objet d’aucune amélioration depuis le Moyen-âge. Lorsque après la révolution l’on éprouve le besoin de davantage de contacts avec les populations environnantes, on constate que si le chemin de LIVRY à CHAALIS ou celui de VEMARS à DAMMARTIN ne servent plus guère qu’à la desserte des terres de culture. La relève est mal assurée par le réseau routier de village à village : c’est seulement en 1854 que sera achevé le nouveau « pavé » de MOUSSY à VEMARS. Les élus locaux, conscients d’une nécessaire liaison avec les communes limitrophes, ne conçoivent pas encore l’intérêt de liaisons routières régionales.
 
            Au contraire, le réseau communal est entretenu autant que se peut, avec de petits moyens. A partir de 1875, le Conseil se préoccupe de son réseau vicinal : C.V N°5 de Saint Ladre en 1878, C.V N°4 de Chènevières et C.V N°6 de Plailly en 1884… beaucoup d’intentions, mais peu de réalisations faute d’argent. Le 8 octobre 1901 on décide la régularisation de tracé et le bornage des chemins ruraux : Malingre de VILLERON commencera ses arpentages, mais il ne les achèvera jamais…
 
            Les rues retiennent davantage l’attention de nos élus qui, en 1886, éprouvent le besoin de faire établir les plans d’alignement de la traverse des routes départementales. C’est le trente novembre 1907 que sera débattu le nom des rues. On constate ce jour-là que « … certains noms dont la signification est obscure ne rappellent que des souvenirs historiques de peu d’importance… » et qu’il convient d’honorer les célébrités : Pasteur et Jeanne d’Arc auront leur rue. L’artère principale portera le nom du bienfaiteur de la commune qui, en 1824, a légué une rente aux indigents : Cambacérès. L’embranchement vers OTHIS évoquera DE LAMAZE, ancien maire qui a, de ses propres deniers, fait construire l’école enfantine. Enfin, l’ancienne rue du Cimetière (depuis longtemps transféré) sera dénommée rue Cléret, du nom de l’ancien instituteur qui, pendant vingt huit ans, « fut un ardent promoteur de l’eau potable »… En 1909, on approuve le projet d’alignement de la rue de l’Église et de la Place Publique, mais toujours on déplore le manque de moyens. C’est pourquoi, le 7 juin 1910, le maire M. Emile DUCHESNE, sera chaleureusement remercié pour avoir, à l’occasion du mariage de son fils Pierre, DONNE CENT FRANCS «  pour aider au paiement du mur de clôture de la place Publique, côté Est ».
A elle seule, cette phrase ne dépeint-elle pas toute une époque ?
 
            Mais si isolés que soient les habitants de MOUSSY au milieu de leurs champs de blé, ils avaient parfaitement compris tout l’intérêt du décret impérial du 13 août 1853 qui concédait à la Compagnie des Chemins de Fer du Nord la nouvelle ligne projetée de PARIS à CREIL. Des trois projets alors établis :
-          Par LUZARCHES
-          Par CHANTILLY et MARLY la VILLE
-          Par SENLIS, MORTEFONTAINE et MOUSSY LE NEUF
Dois-je préciser lequel eut la préférence de nos élus ?…
 
            C’est la ligne par CHANTILLY qui fût réalisée (jugement d’expropriation du 17 novembre 1857), mais dès que la ligne fût en service, une VOITURE PUBLIQUE assura la liaison entre MOUSSY et la gare de SURVILLIERS. Pour ce service, le sieur LETONDAL touchait de la commune cent francs par an en 1887 et deux cent francs en 1897, subvention qu’on aurait volontiers majoré de 50% en 1899 si LETONDAL avait consenti à faire deux voyages par jour. VINCENT, son successeur, touchait bien les 300 francs en 1901 mais, le service étant mal assuré, la subvention fût supprimé. On la rétablit à 400 FRS le 20 juin 1908 et on autorisa VINCENT à demander 0.85 FRS par place. Cependant la desserte en gare de SURVILLIERS appelait des critiques : il faudrait bien qu’un train s’arrête à SURVILLIERS se dirigeant vers PARIS vers quatre heures du soir, suggérait-on en novembre 1901; On revendiquait encore en 1908…
 
            Cependant, d’autres projets ferroviaires s’ébauchaient dans la région : la fameux « tacot » MEAUX-DAMMARTIN faisait couler beaucoup de salive. La commune d’OISSERY avait demandé qu’au lieu de MEAUX-DAMMARTIN, l’on construise MEAUX-LE PLESSIS-BELLEVILLE… par OISSERY… Réaction véhémente des conseillers de MOUSSY LE NEUF, le 9 juillet 1893 : ils rappellent qu’à l’origine du projet, l’on avait parlé d’un tacot MEAUX-DAMMARTIN-SURVILLIERS, tracé qui, passant par MOUSSY LE NEUF, solutionnait la question de l’acheminement des betteraves vers la sucrerie.
 
            Mais le projet ferroviaire « chéri » de nos élus fut, sans conteste, celui qui leur fut soumis pour la première fois le 14 août 1891, la ligne de Verberie au BOURGET par SENLIS : « oui, trois fois oui à ce « train » qui passera par MOUSSY, peut-être même avec une gare… ». Les ingénieurs s’affairent, lèvent les plans topographiques, étudient les tracés possibles, calculent les mouvements de terre nécessaires. Mais le temps passe, et c’est seulement le 10 octobre 1897 qu’un dossier précis est soumis au Conseil Municipal, qui, bien sûr, l’approuve d’emblée.
 
            A quand le sifflet du chef de train en gare de MOUSSY ?

ACTE 15

La « bataille du rail » ne faisait que commencer. Au début de 1901, la mairie reçoit pour avis un projet portant de deux à quatre voies la ligne SAINT-DENIS SURVILLIERS. Ne doit-on pas voir dans ce dossier la preuve du succès des chemins de fer ? Peut-être, pensent les Moussignols mais notre gare, que devient-elle dans cette affaire ? On va accroître le trafic de la ligne de SURVILLIERS et on « enterrera » notre projet…. Alors NON au quadruplement de PARIS-CREIL. Cet avis défavorable de nos élus n’empêchera pas le projet d’être réalisé.
 
            Et après tout, est-on si sûr que cela que MOUSSY aura sa gare ? C’est seulement le 29 janvier 1910 que nous en serons certains. Il semble qu’alors la réalisation va s’accélérer : on parle d’accès piétonnier de la rue Jeanne d’Arc à la gare et de Chemin latéral à partir de la ferme des Clos (juin 1911). Mais en février 1913 le Conseil s’impatiente : toujours rien de concret. Le 13 juillet 1914 on discute en mairie : le pont du chemin de fer sur la route d’OTHIS n’est pas prévu assez large…
 
            Malheureusement cette discussion sur le sujet sera la dernière. Depuis quinze jours déjà, l’archiduc François-Ferdinand est tombé à SARAJEVO… Rapide, implacable, la chronologie des évènements ne laisse plus guère de place à la « chose locale ». Les Prussiens s’attaquent officiellement à la RUSSIE le 1 août, puis à la France le 3 août. En mairie les sujets de discussion ont changé. Dès le 11 août on étudie les possibilités de secours exceptionnels à certaines familles que la mobilisation prive de leur chef. Le 21 août on décide de maintenir leur traitement aux employés communaux sous les drapeaux. En février 1915 il est question de chaussettes, de caleçons et de chemises « pour nos vaillants combattants ». Passé le moment de stupeur, la mairie s’efforce de satisfaire au mieux les besoins essentiels de la population. En octobre 1915 le « pain quotidien » a été transporté depuis DAMMARTIN par Lucien MARTIN, et c’est l’épicier LEGROS qui en a assuré la distribution. Mais cela coûte cher à la commune. Le Sous-préfet ne pourrait-il pas envoyer à MOUSSY un boulanger mobilisé qui ferait le pain sur place, suggère le conseil… MOUSSY, comme la France, a été brutalement vidé de sa substance, et la lecture des registres communaux le reflète bien. Et si, sans aucune transition, j’ai abandonné l’histoire de notre chemin de fer, c’est pour que, vous aussi, vous ressentiez le grand vide de la guerre…
 
            Abandonné, il l’a vraiment été, ce chemin de fer : on a poursuivi et mené à son terme l’acquisition des terrains nécessaires à son installation et à la déviation consécutive du réseau des chemins ruraux. On a commencé les mouvements de terre. Du fond du MESNIL aux Echabots, la plaine a été creusée. Parallèlement s’est constitué le remblai de la futur gare, s’étendant bien au delà de la route d’OTHIS, jusqu’aux grands bois. Le pont de brique du fond du MESNIL est pratiquement achevé et même la gare commence à prendre tournure. Alors, ce sifflet du chef de train, c’est pour quand ?…
 
            La « grande guerre » (j’allais écrire la dernière) la guerre de 14, puisqu’il faut l’appeler par son nom, n’a pas seulement, comme la peste du fabuliste, amené au sinistre batelier de l’Archeron une affluence inespérée. Elle a obligé les nations belligérantes à intensifier leur effort d’équipement, tant en quantité qu’en qualité, à trouver des méthodes nouvelles de production, à repenser jusqu’aux structures des réseaux de communication. Plus qu’une salutaire improvisation, l’opération « taxis de la Marne » ne démontrait-elle pas qu’un moyen de transport libéré de la servitude du cheval et de l’astreinte du rail permettait d’acheminer ce qu’on voulait, où l’on voulait, quand on le voulait ? Cette victoire de la route sur le rail aura été, avec la révolution industrielle une des grandes conséquences de la guerre. Ultérieurement d’autres paramètres viendront modifier l’équation déterminante des options à venir ; mais dans l’immédiat, l’achèvement de la traction automobile a sonné le glas du projet de chemin de fer AULNAY-RIVECOURT.
 
            Point de sifflet en gare de MOUSSY. Le 25 janvier 1920 on porte à 1 000 FRS la subvention à Bruneaux pour l’omnibus de SURVILLIERS, à condition que le service soit assuré régulièrement. Pour cette même raison, on lui « coupe les vivres » en août 1923, et en juin 1925 c’est Poilpot de MONTMELIAN qui le remplace. Mais les fidèles au chemin de fer ne s’avouent pas encore vaincus. Un « comité d’action » pour la ligne AULNAY-RIVECOURT est crée, auquel MOUSSY adhère en 1926. On en parlera encore en 1929, mais cela ne changera plus rien.
 
            Les moussignols n’auront pas leur chemin de fer. C’eut été pourtant pratique… … pour transporter les betteraves …et la pulpe pour les bestiaux. C’est pourquoi, le 7 mai 1927, le conseil approuvera le projet déposé par la société C. Fantauzzi et cie d’une voie de 0m60 qui, par l’avenue de SURVILLIERS, permettra le transport des betteraves depuis le centre de réception situé près du cimetière jusqu’à la sucrerie de VILLERON. L’autorisation est concédée pour dix ans, moyennant une redevance annuelle de cent francs. Décevant, notre chemin de fer ; mais il est toujours permis de rêver…
 
            Disons, pour être complet, qu’en réalité nos élus avaient, depuis bien longtemps compris un des inconvénients majeurs de la voie ferrée. On avait construit des lignes partant de PARIS, parce qu’elles étaient seules rentables. Les dessertes transversales n’étaient pas envisagées. Pour un département comme la SEINE et MARNE, c’est un gros inconvénient. Pour cette raison, avis favorable fût donnée au projet de liaison de DAMMARTIN à MELUN présenté par la société d’entreprise de transport en commun par « omnibus automobiles ». C’était… le 30 novembre 1907…

ACTE 16

L’idée de transporter en commun des voyageurs, est liée à l’implantation du chemin de fer : l’omnibus à chevaux assurait la desserte des gares. L’omnibus automobile est devenu « autobus » en ville. L’importation d’une racine anglaise après la grande guerre, permit l’avènement de l’autocar. Manier la mécanique, entretenir les moteurs, était tentant pour celui qui, sous les drapeaux, avait fait la connaissance de l’automobile, voire de l’avion. C’est ainsi que MOUSSY LE NEUF est devenu pour toute une région une petite capitale : ligne d’autocars assurant des dessertes régulières avec PARIS, transport en commun des noces et des enfants des écoles, organisation de « journée à la mer », autant d’activités nouvelles dont MOUSSY est devenu le centre, avec les transports CUISINIER-MARSEILLE. La question se pose ici de savoir où s’arrête l’histoire et où commence l’actualité. Entre les deux existe une « zone dangereuse » dans laquelle on a scrupule à s’attarder. Nombreux sont les Moussignols d’âge « mûr » qui, sur ce sujet, ont beaucoup de souvenirs. Il est inconvenant de s’étendre sur cette période trop récente. Mais, à mon sens, il fallait que mention soit faite d’une innovation qui, à l’époque, l’a marquée historiquement…
 
            Le besoin de communiquer avec les autres hommes ne concerne pas que les moyens de transport. Transmettre à distance des informations ou des idées date de la plus haute antiquité : les rayons lumineux par miroirs ont inspiré aux troglodytes du PERIGORD des stratégies nouvelles. Plus près de nous, Chappe, avec son télégraphe, a cherché à innover. Mais le plus simple de ces moyens de communication est évidemment l’envoi d’un message verbal ou manuscrit par relais de cavaliers. Les généraux romains d’abord, les rois ensuite, utilisèrent cette méthode. Mais il faudra attendre le règne de Louis XIII pour qu’une organisation plus structurée permette dans quelques grandes villes l’acheminement du courrier privé. Sous la révolution on nationnalisera, mais le véritable service public ne verra le jour qu’au cours du 19 siècle.
 
            De la période ancienne, les grandes routes gardent le souvenir de relais de poste comme CLAYE, DAMMARTIN, ou LOUVRES. Le réseau postal tel que nous le connaissons a commencé à se développer avec la pratique de l’affranchissement. Mais il n’a connu son plein essor qu’avec l’utilisation du timbre-poste qui permit le paiement par l’expéditeur. Quel philatéliste n’a rêvé de posséder la « cérès » oblitérée au premier jour, 1 janvier 1849…
 
            Pourtant, dès 1824 existe à LOUVRES une « poste aux lettres », qui est vite surchargée de travail. En 1861 on envisage la création d’un bureau à SURVILLIERS, mais en 1875 on n’en sera encore qu’aux projets. MOUSSY est alors desservi par le MESNIL AMELOT. Le 5 décembre 1886 on propose au conseil municipal de rattacher MOUSSY LE NEUF et VILLENEUVE à la poste de DAMMARTIN. Nos élus préféreraient être rattachés à VEMARS, dont le bureau, projeté depuis trois ans n’a pas encore vu le jour… En 1892, le conseil de VEMARS offre à l’administration 1 000F et un logement pour héberger la poste. Nos Moussignols applaudissent et, le 16 octobre de la même année, ils proposent une participation de 300F, pour avoir deux distributions quotidiennes. Sept mois plus tard, on apprend que le projet de VEMARS ne sera pas réalisé avant longtemps, et le rattachement à DAMMARTIN est de nouveau évoqué. « Alors non, restons au MESNIL » répond-on en juin 1893, et les tractations continuent… DAMMARTIN dessert MOUSSY LE VIEUX depuis longtemps, mais MOUSSY LE NEUF ne sera rattaché qu’en janvier 1909. Le facteur rural se déplace à bicyclette. En juillet 1912, le conseil lui alloue 30F par an pour entretenir son « véhicule ».
 
            Ainsi, jusqu’au premier quart de notre siècle, MOUSSY est plutôt mal desservi. Il semble que la « combativité » de nos élus ne fut pas toujours suffisante. C’est seulement le 23 août 1904 qu’il est question d’une station téléphonique. Le devis s’établit ainsi :
-          Création du circuit vers DAMMARTIN : 3 220 F
-          Prévision d’un réseau d’abonnés            :    570 F
 
C’est lourd pour le budget local. Lucien MARTIN, réélu maire depuis trois mois propose de payer le tout de ses deniers, avec remboursement par annuités au moyen du prix des abonnements, des conversations et des télégrammes. Le Conseil accepte d’emblée sa proposition, et Madame THOMAS, la femme de l’instituteur s’en occupera…
 
      Son mari a déjà beaucoup d’activités. Lorsque le 20 juin 1908 sera crée la Société de Secours Mutuels, c’est encore lui qui la gèrera. Rien n’est changé ou presque depuis le temps où, carillonneur, chantre à l’église, écrivain public, le maître d’école devait organiser un enseignement s’intégrant parmi les travaux des champs. En 1913, Monsieur MOLINIER, outre son école, sa mairie et son secours mutuel, s’occupait encore des sonneries civiles et de la pharmacie communale… Il avait sans doute un grand potager, peut-être aussi quelques ruches.

ACTE 17

C’était un personnage important, notre maître d’école. Bien intégré à la population par ses activités annexes, il était le conseiller et le « dépanneur » des tous les braves gens confrontés à un problème quelconque.
 
Mis « à toutes les sauces » dans l’ancienne société, il s’était officiellement détaché de toutes les questions religieuses après les lois de séparation de l’église et de l’état. Dès 1881, à l’instigation de Jules FERRY, la IIIème république avait posé le principe de la gratuité de l’enseignement, suivi en mai 1882, de la laïcité et de l’obligation. Fermé en application des lois des 30 octobre 1886 et 1 juillet 1901, l’école privée de filles dût en août 1902, être réunie à l’école des garçons. Pour cela il fallut, en mai 1903, payer 120 F par an une maîtresse de couture. Malgré les grands principes exprimés par Jules FERRY, les fournitures scolaires grevaient lourdement les budgets modestes. Le Conseil Municipal alloua mensuellement à l’instituteur 0,60 FR par élève reconnu indigent, pour lui fournir livres, plumes et cahiers.
 
L’obligation de fréquenter l’école augmenta les effectifs : en septembre 1903, il fallait loger 71 élèves dans une classe de 55 mètres carrés…Dans l’ancien local des Sœurs on crée une classe infantine, dont la commune supportera les frais pendant dix ans. C’était là un effort important, et la création à dater du 1 janvier 1912 d’une CAISSE DES ECOLES, ne résoudra pas les problèmes financiers.
 
A chaque instant l’autorité administrative transmet des appels de fonds auxquels nos élus s’efforcent de répondre modestement. Entre 1893 et 1927, ils verseront ainsi leur « écot » pour honorer Jules FERRY à Saint-Dié, PASTEUR à Arbois, AMPERE à Poleymieux, GALLIENI à Trilbardou ; ils cotisent pour aider MELUN à se souvenir des morts pour la patrie (1897), pour appuyer l’action du Comité National pour l’aviation civile (1912), et celle de la Croix Rouge Française (1922), pour commémorer le centenaire de BERTHELOT (1927). Mais les finances locales s’affaiblissent. En 1931, faute de moyens, on ne célèbrera pas le cinquantenaire de l’école laïque. L’année suivante on refusera de financer le monument du Cocherel à la gloire d’Aristide BRIAND… Peut-être aussi la vibration patriotique n’est-elle pas aussi intense qu’en Février 1920, lorsque le Conseil votait une motion de reconnaissance à Raymond POINCARRE « pour services rendus à l’époque la plus troublée de notre histoire, pendant la guerre la plus meurtrière et la plus difficile que la France ait jamais connue… » et lui exprimait « … sa confiance pour l’œuvre de paix et de régénération brillamment entreprise déjà… »

A chaque instant l’autorité administrative transmet des appels de fonds auxquels nos élus s’efforcent de répondre modestement. Entre 1893 et 1927, ils verseront ainsi leur « écot » pour honorer Jules FERRY à Saint-Dié, PASTEUR à Arbois, AMPERE à Poleymieux, GALLIENI à Trilbardou ; ils cotisent pour aider MELUN à se souvenir des morts pour la patrie (1897), pour appuyer l’action du Comité National pour l’aviation civile (1912), et celle de la Croix Rouge Française (1922), pour commémorer le centenaire de BERTHELOT (1927). Mais les finances locales s’affaiblissent. En 1931, faute de moyens, on ne célèbrera pas le cinquantenaire de l’école laïque. L’année suivante on refusera de financer le monument du Cocherel à la gloire d’Aristide BRIAND… Peut-être aussi la vibration patriotique n’est-elle pas aussi intense qu’en Février 1920, lorsque le Conseil votait une motion de reconnaissance à Raymond POINCARRE « pour services rendus à l’époque la plus troublée de notre histoire, pendant la guerre la plus meurtrière et la plus difficile que la France ait jamais connue… » et lui exprimait « … sa confiance pour l’œuvre de paix et de régénération brillamment entreprise déjà… »
 
Ils ont pourtant bon cœur, nos élus, et ils hésitent moins à secourir qu’à commémorer : on cotisera en mai 1927 pour les sinistrés de MADAGASCAR avec autant de zèle que pour collecter les fonds destinés au JAPON en novembre 1923…. Mais il faut reconnaître que ces pays sont bien éloignés de MOUSSY, et l’on compatit plus spontanément aux malheurs de ses concitoyens. Les cultivateurs de SEINE et MARNE ont été durement touchés par le cyclône du 21 mai 1908 ; en août le Conseil versera 50 Fr pour eux, tout en regrettant leur imprévoyance de ne pas s’assurer…
Aux inondés du Département aussi, on répondra "Présent" le 18 février 1910…
La solidarité n’est pas un vain mot, bien sûr, mais la réaction de nos élus est différente, selon que MOUSSY est ou n’est pas directement touché. Les initiatives extérieures, les tentatives d’organisations intercommunales sont parfois accueillies avec méfiance. Au projet du Maire de MONTGE d’une ambulance cantonale, le Conseil répond franchement NON, le 13 avril 1922 : c’est inutile, MOUSSY en aura si rarement besoin… Plus caractéristique encore est le cas des chômeurs. Le 22 décembre 1931 le Conseil décide de ne pas adhérer au FONDS DE CHOMAGE DEPARTEMENTAL : Pour le moment il n’y a pas de chômeurs à MOUSSY, il y a du travail dans les fermes ; s’il y a des chômeurs, on les fera travailler… .Mais si, en décembre 1932 on a décidé de décaper avant empierrement l’avenue de Chennevières pour « faire du travail », cela n’empêchera pas, un an plus tard d’envoyer un S.O.S au préfet : que faut-il faire des chômeurs ? Le 31 décembre 1934 le Conseil décide de créer une caisse de chômage… et de s’affilier à la caisse départementale dédaignée trois ans plus tôt… Mais jusqu’en mai 1938, un réel effort sera fait pour « occuper les gens » : réfection de la rue du Vivier, abattage du bois communal, charrois de terre.

Mais ne soyons pas péjoratifs. La vraie raison de cette attitude, c’est bien l’indigence des finances locales. Un dernier exemple le démontrera. La société de Secours Mutuels crée le 20 juin 1908 et animée par DANVIN et THOMAS est si prospère qu’elle entraîne dans son sillage les gens de MOUSSY LE VIEUX : devant le grand succès de la nouvelle « FRATERNELLE DES DEUX MOUSSY » le Conseil décide, le 18 février 1910 de porter la subvention annuelle de 200 F… à CENT FRANCS… Cela paraît choquant. Mais plutôt que de critiquer, cherchons à expliquer.
 
Un budget, c’est la combinaison de 2 colonnes de chiffres, l’une positive, l’autre négative. Dans la première se groupent les revenus communaux, exclusivement constitués des impôts locaux. Les biens fonciers ne sont pas luxueux, et les revenus agricoles relativement peu imposés. Les habitations sans grand confort ne justifient pas de « cotes mobilières » exorbitantes. Les activités commerciales et artisanales, modestes, sont peu productives de patente. La seconde colonne, celle des dépenses, était modestement sollicitée jusqu’au dernier quart du 19 siècle, les besoins étant presque inexistants. Le Moussignol vivait sans aucun confort et sans aucun loisir. Le repas dominical, tout relatif en agriculture était marqué par une partie de cartes ou de dés, précédée pour bon nombre d’entre eux par la messe, après laquelle on allait « boire un canon » avant de rentrer à la maison…

ACTE 18

Si le « bistrot » donnait parfois à nos élus des soucis mineurs de police municipale, l’église était pour eux une préoccupation constante, due à son importance et à son état. Construite de longue date, avec une technicité parfois contestable, elle n’avait jamais fait l’objet d’un entretien régulier et intelligent. Entre ses deux " Patrons ", l’Évêché et la Commune, l’entente n’était pas idéale. Après la loi du 9 Décembre 1905, la "séparation des pouvoirs"la concernant ne résolut rien, mais les élus prirent davantage conscience des problèmes gravitant autour du sanctuaire. Après avoir consenti au Curé un bail en bonne et dûe forme (9 mars 1907), on s’inquiéta de l’état de l’église. A partir d’Août 1908 on en parle, on réalise quelques colmatages d’urgence (juin 1909).SEIZE ANS PLUS TARD, on décide de petites réparations, en attendant de plus grandes. Il est vrai que, dans l’état où le bâtiment est arrivé, toute intervention coûte cher, trop cher pour les modestes finances de MOUSSY… Le 24 septembre 1926, on est vraiment mis au pied du mur : pour la couverture, le devis de PERADON d’Annet s’élève à 8400 F. Pour la maçonnerie, COTTARD, l’entrepreneur local, table sur une dépense de 13 000F. Les travaux seront financés par un emprunt de 27 000F décidé le seize octobre suivant.
 
            Au début de 1937 on s’inquiète pour le clocher. HOUDARD, architecte, l’examine. Toute l’année on en discute : la charpente est pourrie …Il faudrait baisser les murs de 3m50… En octobre on décide de restaurer tout cela au mieux, mais cela coûte si cher,…qu’on SUPPRIMERA LES GOUTIERES… Ce fameux problème des gouttières s’est retrouvé jusqu’à nos jours, car l’instabilité de l’ensemble de l’Église est due autant à son manque de fondations qu’aux infiltrations d’eau qui les ont détériorées. On peut penser aussi (mais cela est difficile à affirmer) que les grandes discutions au sujet de l’église ont pu être une conséquence de la vague d’anticléricalisme amené par les « idées nouvelles » après la guerre de 1870.
 
            Moins controversés dans leur principe, d’autres grands problèmes allaient, à la fin du 19 siècle, mettre à rude épreuve les finances locales. Le premier fit celui de l’eau potable. Outre les puits existant dans de nombreuses cours communes, quelques points d’eau aménagés fournissaient aux moussignols de quoi boire et se laver. C’étaient en plaine la Fontaine Pierre Vizier, la Fontaine de Brie ou la Fontaine des Hermites. Dans l’agglomération, c’étaient le Petit Puits, le Puits Mansion, le Puits Guy, le Puits Louvet ou celui du carrefour d la Croix.
 
            Malgré la baisse progressive du niveau de la nappe phréatique, ce dernier était encore généreux en 1892, et le 24 mai on dût décider de remettre sa pompe en état. Mais ce n’était là que solution
Provisoire car les habitants, sensibles aux règles d’hygiène qui leur étaient inculquées, avaient en eau des besoins accrus. Il était tentant de capter l’eau des sources, mais, le 12 juin 1900, nos élus se rendirent à l’évidence : aménager les sources des près Madame et de la Pissotte s’avérerait insuffisant à bref délai. Le principe de forage d’un puits et de l’aménagement d’un lavoir fût adopté. On creuserait à la « Grange aux Moines » (7 août) et tandis que l’ingénieur CALMETTE précisait son étude, on mettait au point le règlement et le tarif (2octobre). Le projet CALMETTE était adopté le 29 novembre, mais on déplacerait le forage de 150 mètres pour l’éloigner du cimetière. Un géologue établit un rapport favorable (honoraires de 18F50 le 29 juin 1901). En juillet on discutait de l’emprunt et du marché avec les puisatiers. Un an plus tard on décidait de se priver des services de CALMETTE trop lent et trop fluctuant dans ses estimations (on avait parlé de 74 000F puis de 48 000 F, puis de 56 000F …). A la fin de 1902 les projets sont enfin définitifs. Sans plus attendre, le Conseil décide (8 décembre 1902) de lancer un emprunt pour le réseau d’eau pluviale. Le 24 mars 1903, on approuve la mise en adjudication de toute l’adduction d’eau. On pense que tout cela a assez traîné. On apprend le 5 juin que la subvention de 1 500F du conseil Général se fera attendre : MARTIN, Maire, les donne de sa poche, il faut faire vite…
 
Le 4 mars 1904, forage et bâtiment des eaux sont terminés et les conseillers discutent pour décider de l’ordre dans lequel leurs noms figureront sur la plaque commémorative. La pompe de la Croix sera vendue en ferraille. Mais les ennuis ne tardent pas : dès le 23 août on décide une action en référé pour malfaçons contre les entrepreneurs du réservoir. Ce procès durera plus de quatre ans, puisqu’en novembre 1908 on est encore au Conseil d’État…
 
Au début de cette année 1908, la commune de MOUSSY LE VIEUX avait demandé qu’on lui cède l’eau potable. Convenue à prix coûtant, cette affaire ne se fera pas. Dès 1920, l’installation doit être revue, et l’on doit contracter un nouvel emprunt. Viendront ensuite les progrès techniques : électrifications de la pompe (1926) et bouches d’incendie incongelables (1931). Signalons au passage qu’en l’absence de centres de secours cantonaux, l’équipement local est de la plus grande importance. Depuis sa réorganisation en avril 1905, le corps des sapeurs pompiers volontaires comptait quinze membres. Il existait avant 1899.
 
Et le lavoir ? Prévu en 1900 sur le C.V n°3 aux « Jardins Rouards » le projet fut ramené en juin 1901 le long de la rue du cimetière, dans le jardin de l’instituteur. C’était compter sans l’Inspecteur d’Académie, zélé à défendre les poireaux du maître d’école… Mais,(14 novembre 1902) nos conseillers ne se laissent pas faire : il ne nous faut que deux ares, il en reste encore neuf pour les légumes de notre enseignant… Et puis c’est si bien placé : Accessible, bien situé par rapport aux vents dominants, donc pas de nuisance ni pour l’école, ni pour l’église (Monsieur le Curé est d’accord, alors…). Beaucoup de bruit pour peu de choses, d’autant que ce lavoir sera progressivement déserté, désaffecté (mars 1927) et enfin transformé en salle de fêtes (7 novembre 1943).

ACTE 19

 Il est certain que le progrès en général n’est intervenu dans nos communes rurales qu’avec un important retard. Faute de communiquer, MOUSSY est resté longtemps aussi primitif que si plusieurs centaines de kilomètres l’avaient séparé de PARIS. Manque d’information bien sûr, mais aussi manque de besoins : vivant de la nature et avec la nature, nos Pères s’en trouvaient bien et n’envisageaient rien qui puisse révolutionner leur mode de vie.
                                                   
A l’époque où l’on racontait que la « Fée-électricité » illuminait certaines rues de la capitale, on se demandait encore à MOUSSY pourquoi il fallait éclairer les rues : quand la nuit est tombée et qu’aucune tâche n’appelle plus, à l’extérieur, on est bien chez soi, et l’on y reste. La lampe à pétrole posée au milieu de la table éclaire la famille groupée autour. Si par nécessité l’on doit sortir, pour voir le cheval à l’écurie ou rendre visite au voisin, la « lampe tempête » ou le « globe à acétylène » suffit pour quelques minutes…
 
Cela explique que c’est seulement le 10 janvier 1897 que la commune décide l’acquisition « de quatre lanternes dites « réverbères »  pour la rue principale de MOUSSY, la dépense initiale sera de 296.90F mais on prévoit en sus 50F pour les allumer au cours de l’année. Vous vous rendez compte, MOUSSY, comme PARIS, va avoir son allumeur de réverbères.
 
            Pendant 13 ans on trouve ça formidable, jusqu’en ce 6 juin 1911, jour où intervient Léon DUPILLE, « industriel » à SAINT-MARD. Ce monsieur « fait de l’électricité, et il propose au Conseil Municipal une concession d’éclairage et d’énergie électrique. Nos élus, un peu interloqués, mettront neuf mois… à enfanter de leur décision : ils envisagent alors la possibilité d’un éclairage public. On pourrait signer un contrat de quinze ans pour quinze lampes dans les rues et 31 dans les bâtiments communaux. Mais, économie d’énergie oblige, ce ne seront que des lampes de VINGT CINQ BOUGIES… Mais seize nouveaux mois s’écoulent, tout cela doit mûrir. Le 11 juillet 1913 le Conseil approuve le projet de concession présenté par la société « La centrale électrique de SAINT MARD sous DAMMARTIN ». Ce n’est encore qu’un accord de principe, suivi d’aucune signature. Un an après, et pendant quatre longues années, les préoccupations seront tout autre : plus rien dans les registres municipaux concernant l’électrification…
 
            Pourtant les négociations ont dû se poursuivre, puisque le 25 janvier 1920 le Conseil constate que l’accord avec SAINT MARD est impossible, sans plus de détail. Ces pourparlers commune par commune étaient aussi fastidieux qu’infructueux, car, prises isolément, nos municipalités étaient devant une impossibilité financière. Il fallait aussi que l’idée fasse son chemin et que l’électricité cherche à s’infiltrer dans les foyers. Il fallait enfin vaincre l’isolationnisme chronique de nos communes campagnardes. Le 12 janvier 1922, la commune décide d’adhérer au projet de création d’un SYNDICAT DE COMMUNES en vue de l’étude de la construction d’un réseau électrique.
 
            Cette fois, c’est bien parti. On parle en février 1925 d’une ligne aérienne de 15000 Volts, et le 23 mai suivant on envisage de contracter un emprunt pour les installations communales.
 
            Les infrastructures étant en place, on peut le 31 janvier 1926, envisager de traiter avec DESAULTY pour la mise en place de l’éclairage public. Par la même occasion on électrifiera la station de pompage.
 
            Ainsi, c’en fait ! Le moussignol prend de nouveaux réflexes : tourner un interrupteur, utiliser une prise de courant ; encore que cette dernière ne paraît pas très utile : à part la « Balladeuse » et la lampe de chevet, il n’y a guère d’appareils « électroménagers » à brancher…
 
            Et pourtant, trois lettres apprises pendant la Grande Guerre reviennent à l’actualité : T.S.F la télégraphie sans fil se vulgarise et prend ses lettres de noblesse en devenant « TELEPHONE ». Il paraît que untel s’est payé un « poste » et l’on voit son antenne courir dans l’allée du jardin…. Il m’a invité à écouter le « communiqué » et je suis tenté, mais cela coûte cher…Je ne voudrais pas que les voisins voient l’antenne…. « Vas voir à DAMMARTIN, Chronomètre vend des postes de radio avec un cadre orientale que l’on pose dessus… ». C’est alors une vrai petite usine qui rentre chez vous : changement d’ondes, potentiomètre, condensateurs variables, accumulateurs, chargeur. Quant au « haut-parleur », comme son nom l’exige, on l’a perché… sur le buffet.
 
            Et le miracle a lieu : « ici RADIO TOUR EIFFEL, ici PARIS P.T.T, ici RADIO VITUS, ici RADIO L.L… ». Nous sommes alors aux alentours de 1930. Avec la radio, c’est l’information instantanée qui pénètre dans nos foyers, battant au «sprint» la presse écrite ; la science et la littérature se vulgarisent avec les « causeries » ou les pièces de théâtre. Cette fenêtre sur le progrès et sur la vie est en même temps une ouverture vers les grands espaces. Certains « postes » captent déjà TURIN, LONDRES ou BRATISLAVA, et avec les «ondes courtes» on atteint les antipodes, à moins que ce soient elles qui nous atteignent.
 
            Dix ans plus tard, les fils des « FELDGRAU » de VERDUN martèlent de leurs bottes cadencées les pavés de MOUSSY. Toute l’information, radio comprises, reprend le refrain préfabriqué du «Pariser Zeitung». Alors, nos moussignols, cachés comme des taupes, se groupent discrètement autour de leur «poste», cherchant dans la musique lancinante du brouillage germanique la parole d’espoir venue d’ailleurs. Selon l’heure d’écoute, ils entendent : « ici BOSTON, MASSACHUSETTS… » États Unis d’Amérique ; ici la N.B.C NEW-YORK ou ici BRAZZAVILLE… » ou encore, plus près de nous, mais pas forcément plus audible : « les français parlent aux français. Voici des messages personnels ; les hirondelles volent bas ???? » et aussi « Radio PARIS ment,  radio PARIS ment, radio PARIS ment, radio PARIS est ALLEMAND… »

ACTE 20

On pourrait croire que la gestion des affaires locales par les habitants est relativement récente. Pourtant, sous l’ancien régime, la paroisse, encadrée par les « gens » du seigneur, et le clergé était déjà administré de façon relativement démocratique. La communauté des habitants délibérait et décidait. L’assemblée générale était convoquée au « jour du seigneur » à l’issue de la grande messe ou après avoir « entendu vespres »…Le tabellion tenait registre et organisait l’élection annuelle des Syndics et du Marguillier. La plus grosse préoccupation est la répartition de la taille. A la fin de l’année on nomme les « asséeurs ». Comme leur nom l’indique ils doivent déterminer l’assiette de l’impôt. Plusieurs notables présentent leurs « candidats » parmi lesquels on choisira. Ce sont en général de petites gens ; ils seront responsables du résultat de la collecte.
 
            Il est regrettable que les registres anciens de MOUSSY soient introuvables. On sait cependant que, le 15 décembre 1669, Jean MARTEAU, maréchal-ferrant, est nommé à la fois par Claude de VOULGES et Anthoine BUCHET, laboureurs. Il figure aussi, avec André PANTIT et Arthur GAILLET, parmi les « gens » de Nicolas MALICE, le procureur fiscal. Les mêmes sont nommés par Eloy du BIEF et Nicolas DA également laboureurs, et aussi par Rémy BOIS, la marguillier. Et chaque année se reproduit le même rite…
 
            Les documents manquent aussi, qui montreraient l’activité des citoyens gestionnaires à partir de 1789. Il est certain, nous l’avons déjà vu, que la fièvre révolutionnaire était moins intense dans nos campagnes qu’à PARIS. La préoccupation locale se limitait à la subsistance des habitants, au maintien de l’ordre et à l’application approximative des instructions venues du District de MEAUX.
 
            Nous savons aussi qu’après 1830 les conditions de la vie rurale étant enfin normalisées toute l’activité de MOUSSY gravitait autour des grandes exploitations agricoles. Avec des besoins matériels réduits et une formation intellectuelle rudimentaire, le moussignol laissait aux artisans et aux commerçants la gestion municipale, et la mairie était toujours menée par un gros cultivateur. Ainsi Alfred Louis BUFFAULT et Emile DUCHESNE son adjoint gardent la mairie de 1882 à 1900.
 
            C’est l’époque où le « bloc des gauches » tente de conquérir nos campagnes. Les questions d’intérêt local gardent la priorité mais les idées nouvelles font leur chemin, teintées de rose plus ou moins foncé, avec une pointe d’anticléricalisme confortée par la séparation de l’Église de l’État.
 
            Les « blocards » comme on les appelait, conquièrent la mairie de MOUSSY le 20 mai 1900 avec Lucien MARTIN comme maire et Alexis BRANCART comme adjoint. C’est, nous l’avons vu, la période de réalisation de l’adduction d’eau et d’améliorations scolaires. L’équipe MARTIN-BRANCART, dont nous avons relaté l’esprit civique, garde la mairie aux élections du 15 mai 1904.
 
            Revirement pourtant le 17 mai 1908 : Emile DUCHESNE est nommé maire, et Alfred BUFFAULT adjoint. Ils seront réélus le 19 mai 1912. M. DUCHESNE décède le 21 mars 1913, et c’est BUFFAULT qui le remplace. Son adjoint sera Emile DEZOBRY qui cultive aux clos.
 
            La fin de la grande guerre voit un nouveau changement : le 10 décembre 1919, Lucien MARTIN réélu s’adjoint Henri FRANCARD père, qui devra se démettre un mois plus tard, lorsqu’on aura découvert qu’il ne peut être à la fois adjoint et buraliste…Etienne PARMENTIER qui le remplace passera maire le 24 avril 1921 et, symbole, son adjoint sera Henri FRANCARD fils. C’est pour celui-ci le début d’une longue carrière municipale. Ils seront réélus le 17 mai 1925. C’est le 19 mai 1929, qu’Henri FRANCARD sera maire pour la première fois, son adjoint étant Albéric BONNARDEL.
 
            Symbole sans doute aussi la décision du nouveau conseil du 12 octobre 1929 : suppression des sonneries de l’angélus du matin et du soir…C’est en tout cas le début d’une période municipale agitée dont les plus âgés de nos concitoyens ont gardé le souvenir. Narrons les faits sans les commenter. Le 19 mai 1935 le conseil est divisé : CLERET, Maire et FRANCARD, adjoint ne doivent leur élection qu’au bénéfice de l’âge. Cette situation bien précaire mène au même scénario le 5 juin 1936 : au troisième tour CLERET doit à son âge de conserver le fauteuil du maire, mais il le refuse, et la séance du 19 juin donne le même résultat. Le 4 août intervient la Commission Interdépartementale qui confie la mairie…à Henri FRANCARD. Cela n’améliore pas l’ambiance puisque les séances des 22 et 27 août ne pourront se tenir, faute de membres présents…FRANCARD démissionne. Le 3 octobre les élections donnent 5 voix contre 5, et l’on nomme les plus âgés…qui refusent. Surprise le 15 octobre, c’est la droite avec BUFFAULT qui récupère le siège du maire. FRANCARD élu, adjoint se récuse, bien sûr…Le 11 novembre approche, on achète la gerbe. Mais l’ambiance est telle qu’on décide d’aller individuellement au monument aux morts et non pas « en corps ». Peu de communes rurales gardent le souvenir d’une telle atmosphère. C’est un décret présidentiel qui, le 6 décembre dissout le conseil municipal. Présidentiel aussi, le décret du 14 qui confie à FREMONT, GUISARD et MARTIN le soin de gérer la mairie de MOUSSY. Quatre jours plus tard interviennent de nouvelles élections, à l’issue desquelles il manque encore quatre conseillers. Au deuxième tour le 17 janvier 1937 tout rentre dans l’ordre. Le 24, R. BONNARDEL est nommé adjoint avec pour maire… Henri FRANCARD…
 
            On gère alors la mairie sans encombre. La guerre arrive et le conseil, lentement, se désagrège. Considérant qu’il reste trop peu de conseillers, le gouvernement de VICHY dissout l’Assemblée communale. Le 28 juin 1943 une délégation spéciale est nommée comprenant DUSAUTOY, BEGUIN et BONNARDEL, avec à sa tête… Henri FRANCARD. Un vrai conseil sera nommé par le préfet le 22 novembre 1944, dirigé… par FRANCARD…
            La suite, c’est de l’actualité, moins épique peut être, mais très agitée parfois. De cela les historiens locaux parleront, dans une quarantaine d’années…